Écrit par Jean-Michel Labadie.

Source de réflexion, minute d'attention. Quelques longueurs, je ne suis pas habitué à lire des essais. Quelques scènes croustillantes où le criminel est mis en scène, leur confrontation avec l'auteur qui informe sur le rapport qui peut s'établir. Historique des travaux passés. Au détour d'une phrase je suis frappé par le manque de coordination entre des disciplines qui devraient pourtant se conjuguer : philosophie, psychologie, sociologie. Moi qui pensais que s'engager dans l'une des voies revenait aussi à regarder son voisin...des dangers de la spécialisations. Enfin, le volet qui occupe la majeure partie du bouquin : réflexions de l'écrivain. Recherche de la compréhension d'une rupture du langage qui semble s'opérer. Persuadé à la fois qu'il y a quelque chose mais que sa nature la rend insaisissable. Il se peut que je sois à côté, je reconnais volontiers avoir assez souvent lâché le fil de la lecture pour me perdre dans mes propres pensées. Le livre est resté longtemps près de mon lit.

En tout cas je remercie l'auteur d'avoir mis le doigt sur la volonté collective qu'il y a d'identifier clairement le criminel, le déviant. De vouloir prouver le déficit physique, mental, environnemental qui nous met à l'abri. Lui-même décide à la fin de placer la barrière symbolique au niveau du meurtre, la question de l'acte est aussi posée.

Pour ma part j'adopte une position révolutionnaire : tout est relatif. Plus précisément tout tourne autour de la notion d'interdit, une réminiscence du concept ça/moi/surmoi évoqué en philo au sujet de Freud. Je pense qu'il n'y a objectivement rien qui puisse définir le criminel. Qui puisse soudain porter la transgression à un niveau plus élevé. Tout vient de notre rapport avec les autres. Et encore, la foi, la lois, le bon sens, peut nous empêcher d'attenter à notre intégrité. On va dire que du fait de pouvoir être jugé nous sommes tous quelque part responsables.

L'éducation (inclus l'expérience) nous apprend ce qu'on peut penser, faire. Simpliste ? Il ne fait pas attendre les contraintes pour être honnête.

En sixième je ne traversais toujours pas lorsque le petit bonhomme était rouge. Je pouvais attendre cinq minutes qu'il passe au vert afin de franchir les passages cloutés de deux routes désertes. Seul sur le trottoir, car c'était là la juste façon d'agir. Inversion des valeurs ? Se protéger derrière une règle établi à en provoquer l'absurdité ? Écho d'un cours de sociologie, opposition fonctionnalisme/intéractionnisme. J'ai du en manquer des choses en séchant par la suite.

À cette période je répugnais encore à employer le mot "femme", qui me semblait bien péjoratif. Une seule personne aura-t-elle remarqué que j'utilise toujours "dame" à la place ? Ce dernier terme est en effet rarement en situation de blesser le gent féminine, c'est ce que j'en avais retenu. Impossible dès lors pour moi d'être désobligeant, mépriser les autres qui pouvaient quant à eux tomber dans le délit. Aujourd'hui c'est passé à la trappe. Avec le recul le glissement me parait nécessaire, évident ; une fois qu'on a tué comment revenir dans les conceptions d'antan ?

Voilà, de mon point de vue la question efficace est de savoir quels sont les méchanismes qui modèlent le notre.