Il fait nuit, nous sommes sur une voie rapide et nous arrivons au sommet d'une colline. Sous nos yeux se déroule soudain un long tapis sinueux composé de diamants et de rubis étincelants. Un fleuve dichromatique coule à nos pieds. Une moitié rouge qui s'enfuie vers le lointain et l'autre blanche qui remonte la côte à notre rencontre, illumine notre flanc droit.

J'ai mis du temps à décider si le moment méritait d'être immortalisé par l'appareil photo que j'avais pris soin de prendre dans la voiture. Malgré les mauvaises conditions de prise de vue j'ai fini par conclure un peu tard que c'était le cas. Nous n'avions plus la hauteur nécessaire pour apprécier pleinement la scène.

Combien de photos manquées ? Et alors, même si j'avais pu figé une image, est-ce le meilleur moyen de préserver ce souvenir, cette métaphore étrange qui m'avait sauté à l'esprit ? Je peux tout aussi bien essayer de les rendre avec des mots, qui exprimeront d'autant mieux mon point de vue. Difficile de ne pas pouvoir emprisonner ce fragment, de devoir le laisser vagabonder dans le passé. Au moins faut-il garder les sens ouverts au présent.