Grand Froid
Le mardi 11 avril 2006 à 17:21 :: Ailleurs :: #84 :: rss
Russie
Février, une occasion d'y passer 10 jours à ne pas rater. Compagnie aérienne russe. Ce ne sont pas de vieux coucous à hélices qui nous mèneront pendant 4 heures de vol à Moscou mais des Airbus tout ce qu'il y a de plus classique. Partenariat avec Air France. C'est en France que j'ai vu caler des avions avec des morceaux de bois. Pourquoi faire compliquer ?
Pour faire du tourisme, la période que nous avions choisi n'était pas la meilleure. Grand vague de froid, température à notre arrivée : -23°C. On a attendu le bus qui nous mènerait à notre hôtel quelques minutes dehors, la nuit tombé, le visage a senti la différence. Les narines surtout, instantanément glacées. Notre complexe hôtelier était composé de deux grands bâtiments, chacun comportant deux ailes. Des restaurants, un cyber café, des bars, des magasins, une boîte, un casino, des chambres rustiques pour nous. Une belle vue du 19ème étage. Nous aurions pu rester dans l'hôtel, bien tentant face aux rigueurs de l'extérieur.
Premier jour
Un tour rapide dans le voisinage pour se faire une idée. Les guides indiquent la présence d'un marché aux puces et d'une station de métro dans les parages. Nos deux objectifs. Pour moi ce sera deux T-Shirt pour supporter le froid. On sort, choisit de tourner à droite. Le marché semble fermer pour la majeure partie. Nous longeons de grands entrepôts vides, nous entrons dans un labyrinthe de coursives jalonnée de marchands. Des vêtements de toute sorte exposé à ciel ouvert. Des magasins qui auraient oublié de se parer d'une façade. Les propriétaires des lieux ont une mine plus ou moins patibulaire. Ils sont simplement typés d'ailleurs. Les ruelles sont bondées de passants, qui nous doublent de leur démarche assurée. Nous essayons de ne pas glisser sur la neige et la glace qui recouvrent le sol. Interdiction de mettre les mains dans les poches.
À force de tourner, retourner, faire demie-tour, on s'égare. On passe dans l'envers du décor, les entrepôts, de grands espace vides parsemés de camions. Les prix sont maintenant affichés en kopecks. Une femme déambule avec son diable chargés d'ananas à 2 roubles et 46 kopecks (34 roubles = 1 euros). Un homme pellettent la neige avec un manche en bois et un morceaux de bidon. Quelques hommes et femmes passent le temps et combattent le froid en jouant avec un ballon de poches poubelles. On retrouve l'hôtel, je me précipite dans ce bain de chaleur. Il faisait -18. Les autres jours la température se stabilisera à -10.
Second jour
Objectif : prendre le métro pour la place rouge. Il en faut un, mais ce n'est pas moi qui aborde les population locale pour le moindre renseignement armé de deux mots d'anglais et de trois mots d'espagnol. Les gens ne sont pas particulièrement souriants. Le métro est pour le moins boueux quand il neige. Celle-ci se divise en deux : la blanche et la grise. Dès qu'elle est piétinée ou sur la route elle se transforme en pâte brunâtre et perd tout son charme. Contrairement à Paris et à Londres, la barrière ne se lève pas quand le passage est autorisé, mais se baisse quand il est interdit. On peut facilement se faire coincer. La musique ressemble bougrement à celle de chez nous. Blunt est là pour nous mettre du baume au cœur. Le soir on zappe sur la télé russe. Les doublages sont superposés à la bande originale. Une demie-seconde d'anglais et une voix russe en surimpression. On devine au moins ce qu'ils se disent.
Troisième jour
Journée cartes postales. Elles sont longues à écrire ces petites bestioles. Ne pas oublier de mettre le nom du pays destinataire en cyrillique. Plus loin il y a une animation avec des filles légèrement vêtue.
On en apprend un peu plus sur les coutumes locales. Des détails qui anodins qui peuvent faire perdre du temps. Comme se retrouver avec deux tickets de métro au lieu de trois car là-bas le trois ne se fait pas avec le pouce. Index, majeur, annulaire. Ils occultent le pouce. Les restaurant que nous avons eu l'occasion d'essayer n'étaient pas fameux. Chers, pas forcément pittoresques (je sautait pourtant sur le moindre plat inconnu), service interminable (nous allions découvrir par la suite que là-bas la lenteur est un art de vivre). Une demie-heure pour se faire apporter la carte, une heure pour se faire servir en canon. On nous demande systématiquement si nous voulons de l'eau gazeuse ou non, comme dans beaucoup de pays de l'Est il parait. Les serviettes sont fournis par un petit distributeur, à peine mieux que ce qu'on trouve dans les bars à tapas en Espagne. Une boîte de cure-dents est à disposition.
En fin de soirée j'envoie un petit mail pour relater mes folles aventures. Sans recevoir de réponses je me mets enfin à la place de cet oncle qui râle contre mes silences. On aime entendre les personnes auxquelles on tient. Des vigiles se tiennent devant chaque hall d'ascenseurs, oppressants et contrôlant tous ceux qui se rendent dans leurs chambre. On peut pourtant les surprendre à jouer au solitaire ou à esquisser des pas de danse pour contrer l'ennuie.
Avant de s'endormir on regarde quelques épisodes de Six Feet Under. Une série qui mets en balance les deux extrêmes de la vie. Pleine d'ironie et d'humour noir. Dans l'atmosphère de mort ambiante le couple le plus solide, le plus saint, le plus émouvant, est un couple gay. Au détour d'une série télé on se rend compte que définitivement l'amour se suffit à lui-même.
Autres Jours
La place rouge n'a plus de secret pour nous. Visite du tombeau de Lénine (gratuite, mais le dépôt obligatoire des sacs est payant), du kremlin. Des gardes partout, des détecteurs de métaux qui mettent mal à l'aise. Des militaires qui attendant immobiles des heures (au moins cinq à ce que l'on a pu juger) dans le froid pour une parade avec leur président. Des toilettes publiques faites de petites baraques bleues accolées les unes aux autres. Une femme s'y terre à l'une des extrémité, la porte ouverte. La dame pipi locale. Des bureaux de change se trouvent à chaque coin de rue. Plus loin du centre, plus le taux est intéressant. Le triptyque roubles/euros/dollars a du leur faciliter la vie. Il faut faire attention à ne pas se faire prendre sa place dans les files d'attentes, le moindre signe de faiblesse est exploité sans pitié. Ils n'ont pas peur du contact.
Une nuit au vieux cirque de Moscou. Vitrine itinérante du communisme il n'y a pas si longtemps, des souvenirs pour ma petite équipée. Des numéros magiques, impressionnants, scindés d'une musique au goût du jour qui ne plaît pas à tous. Des animaux dont on se demande s'ils n'ont pas mauvaise mine. Content d'avoir pu renouer avec ce spectacle.
Mercredi
Le matin on a trouvé le vrai petit marché. Avec des constructions en bois, une ville miniature. Scindée en deux. À l'extérieur une majorité d'homme qui vendent de tout. À l'intérieur, 50 roubles pour entrer, beaucoup de femmes et une production artisanales (des œufs, des poupées russes, tout un tas de babiole). On culpabilise de ne pas acheter des timbres à type qui parle trois mots de français. Lors d'une chasse à la chapka on s'est fait encerclé, on les a essayé de force sur ma tête. Quand les vendeurs nous ont vus partir ils ont presque baissé leur prix de moitié, impossible de savoir si ils élevaient la voix de rage ou de désespoir. Une femme vend de la chaleur dans son caddie : des thermos remplis de café.
L'après-midi un dernier tour. Au Goum, une grande galerie marchande sur trois niveaux qui respire l'espace avec son toit transparent qui domine, nous avons pris goût à nous y réfugier au milieu d'un séjour dans le froid. Même avec des bas en laines, deux t-shirts, deux pulls, deux paires de chaussettes, le bonnet, les gants, on trouve le moyen de se réchauffer. Dire que les russes ne rechignent pas à découvrir leurs oreilles... Mon seul chocolat chaud de mon séjour. Un chocolat comme dans l'ancien temps, pas de poudre et de lait mais un vrai chocolat fondu à ce qu'on m'a soutenu. Bien épais, plus proche de la Danette que du Nesquik.
Dernier(s) Jour(s) - Le Jour Le Plus Long
C'est pas bien je sais, mais ce n'est pas une chronique originale.
Vendredi, on me réveille vers 11h. Il faut libérer la chambre pour midi et on va devoir attendre quelques heures dans l'hôtel jusqu'à l'arrivée de la navette qui nous amènera à l'aéroport. Le vol est prévu pour 19h30, la navette pour 15h. Ils sont fous de nous faire partir autant en avance.
Je retrouve les parents de mon compagnon de chambre, ainsi que d'autres joueurs. Nous sommes 8 français à attendre le bus. L'hôtel est grand, c'est un complexe de trois bâtiments comportant chacun deux ailes. Nous ne sommes pas très sûr de savoir par quel côté nous devrons sortir, si nous n'avons pas à marcher dehors pour rejoindre encore une autre porte du complexe. Heureusement un arbitre hollandais passe dans le coin et nous renseigne. Au bout d'un moment un organisateur pointe le bout de son nez et annonce qu'il ne faut pas s'inquiéter si la navette a une heure de retard. Personne ne tique, on a toute l'après-midi pour les formalités d'embarquements.
15h. Je me lasse de rester en marges des quelques conversations, je me plonge dans mon livre. Du coin de l'œil je surveille un homme avec un badge qui a une bonne tête de chauffeur. Peu avant 16h le bus arrive. Le gars badgé attendait une tout autre personne. On sort en vitesse de l'hôtel, se débarrasse des bagages et nous allons confortablement nous installer dans les sièges, bien au chaud. Aujourd'hui personne n'est équipé pour supporter sans broncher le froid plus de quelques minutes. Il fera doux en France. On patiente un quart d'heure sans savoir ce que nous attendons pour partir. Un groupe important de chinois arrive et occupe toutes les places libres. On part enfin.
Si on va aussi vite qu'à l'aller on en a pour une heure de trajet. La neige recouvre le paysage, un manteau blanc sur les espaces dégagés et sur les végétaux endormis ; un tapis d'encre boueux sur la route. Plus nous nous éloignons de Moscou et plus le trafic ralentit. Les 5 voies ne semblent pas suffire à absorber tous les camions et toutes les voitures qui se déversent dans le grand axe. Quand nous constatons que le car ne se déplace plus que de quelques dizaines de mètres par minutes chacun guette sa montre. On calcule, on rogne petit à petit sur la plage de 2 heures qui doit séparer l'arrivée à l'aéroport et le départ de l'avion. Je commence à reconnaître les alentours : j'étais concentré sur ce qui m'entourais lors du premier voyage en sens inverse. Je sais que j'avais raté le photo d'un Auchan local, le voir écrit en alphabet cyrillique arrachera bien un sourire aux copains. Je vois l'enseigne au loin, sors mon appareil et la capture. Beaucoup trop flou. Mais je ne peux lutter contre les secousses, la faible luminosité et la distance. Quelqu'un reconnaît un panneau marqué aéroport, on est proche, on est toujours dans les temps. Un autre Auchan. Bizarre, je ne me rappelai pas en avoir vu plusieurs. Aucune infrastructure qui pourrait ressembler à un bout d'aéroport dans le lointain. Les minutes passent malgré les effort que tout le monde fait pour ralentir le temps. Ce n'est pas avec de gros yeux qu'on perturbe la course des aiguilles.
La nuit tombe, cette fois-ci c'est une enseigne lumineuse qui signale un énième Auchan. Ils me narguent. Alors que je me demande si nous ne sommes pas tombé dans une boucle sans fin et que je m'occupe en jouant avec mon numérique sans éveiller le chinois à côté de moi ; nous quittons la route principale. On reconnaît le nom de l'aéroport et le numéro de notre Terminal. Ça va être très juste.
On saute du bus. L'irréparable se produit : mon sac touche le sol, et s'imprègne de neige sale. Notre petit groupe de 8 français se faufile entre les asiatiques et part à l'assaut des remparts qui protègent notre billet de retour au pays. Un contrôle de sécurité sitôt les portes franchies. Un second avant les bureaux d'enregistrement. Avec les minutes qui filent sous nos doigts à faire la queue je décide de la jouer au culot et de garder mes chaussures. Elles sont coquées, c'est un paris risqué. Payant. 15 secondes d'économisées. On se retrouve à attendre notre tour au desk 7. À peine une demie-heure. Ce ne sera pas suffisant. Notre vol est le 7ème Moscou-Paris de la journée, l'avant-dernier. Dans le pire des cas il y a encore bon espoir de prendre le prochain. On nous renvoie à l'autre bout de l'aéroport avec comme seule référence un "two-three-one-one". L'un de nous avance que ça doit correspondre aux numéros des bureaux d'enregistrement. On choisit le 2, on se fait refouler sans ménagement. Passer nos bagages pour la troisième fois aux rayons X aura été inutile. Le bureau d'Aéroflot est tout près. Le responsable ne nous est d'aucune aide. Laurent prend les choses en main et repart voir la première fille pour plus de renseignements. Après une dizaine de minutes on le voit revenir d'un pas rapide. Il nous glisse que maintenant c'est le 2312. Je ne saurais jamais à quoi ça correspond. Cédric, qui parle le mieux anglais, l'accompagne dans ses pérégrinations. J'ai confiance en leurs capacités, je reste à attendre pendant que d'autres vont aux toilettes, vont fumer une clope ou s'acheter à manger.
Verdict : on dort à un hôtel tout près et on prend l'avion le lendemain à 13h55. Tout le monde doit revoir ses correspondances, j'ai un train et une nuit à Paris qui sautent. Au moins je serai toujours chez moi dans à peine plus de 24 heures. Après 2 heures trépidantes on ressort prendre la navette pour Novotel. C'est charmant, les 6 étages de chambres encadrent une immense cour intérieure. Couverte d'une chape en partie transparente, elle contient les tables du restaurant, de la verdure et une petite fontaine. Des ascenseurs vitrifiés jouent un ballet incessant en acheminant les tous les clients de leurs chambres au rez-de-chaussé. Très facile de s'absorber dans ce spectacle pendant le dîner gracieusement offert.
J'ai de la chance, nous avons 4 chambres pour 8 mais celui qui doit dormir avec moi part pour le centre de Moscou assister à l'anniversaire d'une amie. Je serai le seul propriétaire des lieux. On remarque tout de suite que Novotel fait partie d'une chaîne standardisée. Un canal de la télé est dédié à la promotion interne et je découvre que le numéro de l'ascenseur transparent et de l'atrium n'est pas unique. Les spécificités locales ne sont pas respectée : l'étage numéro 1 ne se trouve pas au niveau du sol. 5 langues différentes se côtoient dans la petite boîte, TV5 n'est plus la seule fenêtre francophone. Après avoir bien profité du confort des pièces - le son de la télé dans la salle de bain et il y a même un canapé en plus du lit double ! - j'abandonne ma lutte contre le sommeil sur les 3 heures. Rendez-vous le lendemain matin à 11h30 en bas, on est sûr d'arriver bien en avance ce coup ci.
J'ouvre un œil quand Laurent repasse prendre ses valises. Lui part plus tôt, il en profite pour aller directement à Nice. Une nouvelle nuit avec un déficit d'au moins 3 heures de sommeil. Ce soir je vais bien dormir. On enregistre nos bagages sans encombre, à force de passer aux rayons X je me dis qu'ils risquent de luire dans la soute. Nos billets en main on s'avance dans la queue qui nous mène au contrôle des douanes. Je regrette juste d'avoir manqué le côté hublot. Au bout de la file il n'est pas facile de voir quel poste est libre, il manque parfois peu de chose pour huiler un système. Quelques loupiotes par exemple. Je m'avance. La femme en uniforme me montre mon passeport en me parlant russe. Elle indique la date de validité de mon visa et je lui répond en anglais qu'en effet nous avons raté notre avion la veille. Elle me fais répéter, à l'image du pays je n'ai pas l'impression que le personnel soit très ouvert aux langues étrangères. Même chez les plus jeunes peu parlent anglais. On peut toujours se faire comprendre mais c'est handicapant dans endroit qui se veut international. Un homme arrive, s'entretient avec mon bourreau. On me signale sans autre forme de procès qu'il faut que je laisse la place libre et que je suive mon nouveau guide. On fait le tour des autres postes, mes compagnons sont dans le même cas que moi. Sauf le couple le plus âgé, qui avait prévu de visiter Saint-Pétersbourg et dont le visa n'expire qu'au 31.
Nous sommes 5 à être conduit devant un poste. On nous prend nos billets, nos passeports, on nous laisse poireauter. On se dit que c'est vraiment idiot, on ne va pas nous compliquer la vie pour un visa expiré d'un jour alors que nous n'y somme pour rien. La situation ne doit décidément pas être exceptionnelle. Après un bon quart d'heure on nous fait comprendre qu'on doit faire un autre visa. On demande à ce qu'un représentant de notre compagnie se présente pour régler l'affaire en vitesse, il ne reste bientôt plus qu'une heure et demie avant que l'avion décolle. La tension monte, on plaisante activement sur notre situation. Dire que nous nous amusions à trouver d'où viendrait le prochain pépin. On en rirait jaune.
Mister Aéroflot arrive. Il nous annonce que nous devons payer 2000 roubles d'amande. Puis 70 dollars pour avoir un nouveau visa. 120 euros par personne. Consterné, on se résigne à payer devant l'assurance d'être remboursé. Personne ne s'attendait à ce qu'un 7 à la place d'un 8 pose tant de problèmes. Consternés on garde le sourire en gravant cette leçon dans notre tête. Les baroudeurs qui n'auront pas été refroidis pourront retirer des bénéfices de cette expérience. Marc se dévoue pour accompagne notre protecteur effectuer les formalités. Pendant qu'ils partent de leur côté nous allons pour retirer les devises. Le distributeur ne donne évidemment que des roubles, on y passe une première fois pour compléter les billets qui nous restent et atteindre les 10 000 demandés. Puis on fait la queue au guichet de change pour retirer des dollars. Il y a bien une machine qui permettrait de changer des roubles mais elle n'inspire pas confiance. C'est long. Tout est long. Personne ne semble se presser dans ce pays. Pour ne rien arranger nous même ne sommes plus très frais. Le stress et la fatigue se conjuguent pour nous engourdir. D'abord indécis sur la marche à suivre on nous passe devant. Ici il faut défendre sa place. Et on se rend compte qu'il est important de le faire quand chaque tour peut durer 10 minutes. À nous de passer, on fait comprendre notre souhait. La guichetière, impassible (classique), nous indique d'un mouvement de main d'aller voir à côté. Elle nous chasse comme des mouches. Trop mou pour faire entendre ma voix, nous consacrons inutilement du temps à une nouvelle tentative. Toujours pas le bon guichet. Tout devient comique, et puis même si l'homme de la compagnie aérienne nous a judicieusement indiqué de nous dépêcher nous ne somme plus à ça prêt. Le dernier guichet est le bon - prévisible si on s'était consacré à lire les intitulés. Je ne suis même plus surpris que la personne en face de nous ne comprenne pas "dollar" sur tout les accent et nous fasse choisir entre deux sigles monétaires gribouillés à la hâté. Ça et les chiffres, c'est universel. Elle nous demande nos passeports pour l'opération. Grosse blague. Heureusement nos papiers reviennent à ce moment avec Marc et Monsieur Aéroflot. Ce dernier nous indique qu'il n'est plus la peine de se presser, nous raterons un second avion. Je suis dans un état second où plus rien ne me surprend, où l'enchaînement des évènement n'a plus de prises sur moi. Je suis le spectateur qui note scrupuleusement les étapes successives du sketch dont il est témoins. On fait le plein d'anecdotes. Nos petits-enfants en entendrons parler. Au fait, ce n'était pas 2000 roubles, mais 2060. Une broutille, sauf qu'il faut retirer à nouveau. On arrive enfin à rassembler tout l'argent. Le temps se dilate, et voir 2 employés passer au crible une simple carte bleue ne surprend plus. Nous nous préparons à inaugurer la route qui mène sur la voie de la sagesse. Patience, contemplation.
Nous partirons à 21h05. Après un 2 cafés, 2 cocas et un thé payés plus de 400 roubles (cette fortune n'aura pas suffit à me fournir mon jus d'orange) nous avons nos billets. Puis nos visas. Oh qu'ils sont jolis les deux bébés. Ils brillent et décorent bien mon passeport tout neuf. 7 heures dans l'aéroport, on nous offre un repas. Envoyé un étage en-dessous, le comptoir que l'on nous a indiqué est fermé. Nous n'intéressons ni celui qui tient le stand Aéroflot ni celui situé de l'autre côté. Un temps. Cédric décide de retourner au local Aéroflot pour savoir quoi faire. On s'installe, une nouvelle fois chacun y va de son petit bonhomme de chemin. Une demie-heure plus tard on a nos coupons. 370 roubles par personnes. On a beau regarder les prix, on dépasse le quota, parfois largement. Il faut dire que les prix sont virtuels, chaque portion est pesée et même si elles ne payent pas de mine elle doivent être plus lourdes que prévu. Certainement une conspiration pour ne pas qu'on se pavane hors de Russie avec des gros billets de la monnaie locale. On ne pourrait plus la troquer contre des euros de toute façon. On se venge en rechargeant "discrètement" un portable tombé en rade de batterie au plus mauvais moment. Il aura fallu du temps pour que l'un de nous se rende compte qu'il avait le chargeur adéquat dans son sac. Moi je n'ai pas eu de chance avec ma carte téléphonique internationale. On s'installe, les tables pour quatre sont exigües pour trois. Je mange finalement à ma faim (salade, saumon, riz, pain-qui-n'en-est-pas-un-vrai-car-il-est-fourré-au-chou). Commence une longue attente. On se dit qu'à 19h05 on bouge. Malheureusement pour lui, le 5 ème ne sait pas jouer à la belote. J'ai appris les règles la semaine passée et les heures sont plus courtes. Du coin de l'oeil j'observe le personnel de la cafétéria. Féminin à une exception, il se relaie pour surveiller les tables. Elles aussi elles doivent s'ennuyer. Je ne sais pas comment elles font pour rester alertes. Je n'ai même plus la force de culpabiliser de garder si longtemps ma place sans consommer.
Le moindre prétexte est bon pour avoir l'impression de faire quelque chose. Accompagner pour acheter des clopes. On part dans la mauvaise direction ? Pas grave, on fait le tour. Allons à l'étage. H-2. Le vol est affiché. Branle-bas de combat. En route ! Billets : OK. Pas de bagages. Oui, car eux n'ont pas eu de problèmes de visa et nous attendent à Paris. Normalement. On passe les douanes. On me baragouine quelques mots de russe en me montrant mon visa. Je renonce à comprendre et acquiesce. Ça l'étonne de voir un visa d'un jour ? De l'autre côté notre club des 5 se reforme et nous retrouvons les autres passagers. Nous ne sommes pas les seuls à avoir eu une galère. Une classe est repartie sans ses accompagnateurs. Ils sont restés à Moscou avec quelques élèves, ils sont sept, ils étaient sur le vol que nous n'avons pas pris en début d'après-midi.
Presque 4 heures de vol, de grosses turbulences en descendant sur Paris...super, on fait un tour de Space Mountain gratuit. À minuit, même un grand aéroport comme Charles de Gaule est moribond. Il reste encore une personne au service des bagages pour confirmer leur présence (dire qu'on a failli aller les chercher en plein Paris, ils étaient à la charge de nos deux camarades rescapés de la première heure). Rien d'ouvert pour prendre un verre, pas de coin internet pour regarder quels sont les train du lendemain, on croise deux personnes qui nous indiquent ou prendre des Taxis. Nous serons trois à en prendre. Arrivé vers une heure du matin chez le frère de maman de mon ami, vive la famille. Train réservé. Je dors sur le sol dans un couloir. Moins de 4 heures de sommeil, on se lève à 5h45 pour prendre un train qui part à 6h50 de Montparnasse. Le premier, le moins cher. À ce moment de la journée la capitale est tranquille.
Arrivée chez moi à 10h23, le paysage est vraiment magnifique à certains endroits. Ces dernières 48h j'ai rarement autant désiré de rentrer à la maison. C'est quand on quitte les choses qu'on prend conscience de leurs valeurs.
Post Scriptum
J'ai oublié de parler de ma chambre d'hôtel vieillotte mais confortable. D'un détail qui a attiré mon attention : les toilettes. Comment dire...le petit trou rempli d'eau est complètement sur l'extérieur, ce qui laisse un fond plat occupant presque toute la surface des toilettes à mi-hauteur. Je passerai sur l'effet occasionné, mais je suis intrigué ; est-ce une caractéristique propre à la Russie ? Il ne faut pas désespérer, un jour nous aurons tous nos cabinets avec des jets d'eau, ce qu'on peut trouver au Japon.
L'autre anecdote concerne le lait. En France nous avons du lait entier, demi-écrémé ou écrémé. Là-bas il est décliné suivant son pourcentage de matière grasse, avec un prix qui grimpe vite quand on passe de 0,2 à 3,5 %. Tous les intermédiaires doivent exister. Si mon palais n'est pas assez fin pour détecter une différence, il s'est en revanche rendu compte que la première fois j'avais acheté de la crème fraîche. Après deux verres je l'ai abandonné à la poubelle, j'avais appris un nouveau mot : молоко.
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